Compte-rendu | «Succursales ou institutions? Redonner sens à nos écoles» d’Émile Robichaud Reviewed by Hugues St-Pierre on . Émile Robichaud est un vétéran du domaine de l’enseignement au Québec. Il a enseigné tant au primaire qu’à l’université, en plus d’avoir dirigé des écoles de ni Émile Robichaud est un vétéran du domaine de l’enseignement au Québec. Il a enseigné tant au primaire qu’à l’université, en plus d’avoir dirigé des écoles de ni Rating: 0
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Compte-rendu | «Succursales ou institutions? Redonner sens à nos écoles» d’Émile Robichaud

Émile Robichaud est un vétéran du domaine de l’enseignement au Québec. Il a enseigné tant au primaire qu’à l’université, en plus d’avoir dirigé des écoles de niveau secondaire. Il est d’ailleurs l’un des principaux acteurs derrière la fondation, dans les années 1970, et la gestion de l’école secondaire Louis-Riel, située dans la ville de Montréal. Avec cet essai, Émile Robichaud signe un petit plaidoyer pour repenser l’institution de l’enseignement primaire et secondaire en lui redonnant, comme l’indique son titre, du sens. Bien que l’intention de l’auteur soit claire dès le départ, c’est-à-dire de soulever les défauts de l’institution de l’éducation québécois et de proposer des pistes de réflexion pour en revoir les fondements, il est toutefois difficile de bien cerner où il veut vraiment en venir.

La première partie du livre critique ce que É. Robichaud définit comme une école fondée sur des idéologies et dirigée sous la « dictature des bureaux » (p. 44). É. Robichaud accuse ainsi les « dérives » pédagogiques et administratives d’avoir éloigné, voire d’avoir trimbalé dans tous les sens, les enfants, ces victimes d’expérimentations que représentent les nombreuses réformes du système scolaire. Un premier problème se doit d’être soulevé ici; le livre est en soi une proposition idéologique. Il est donc difficile de comprendre de quelle façon il sera possible de se sauver des idéologies éducatives quand, dès les premières pages, on sent l’enracinement de l’auteur dans sa propre idéologie. L’idéologie de l’auteur est elle-même basée sur la nostalgie des écoles classiques d’autrefois. De plus, cette nostalgie est d’autant plus frappante lorsque l’auteur fait ce qui paraît clairement comme un éloge des communautés religieuses qui veillaient à l’éducation des enfants d’autrefois.

La seconde partie du livre est intéressante au sens où É. Robichaud propose plus directement les éléments sur lesquels devrait se fonder le système de l’éducation. Pour l’auteur, l’important serait de donner à nouveau l’autonomie aux enseignants et aux directions d’écoles. La rigidité du fonctionnement actuel du système d’éducation empêche, selon lui, le plein épanouissement de la profession d’enseignant et le meilleur développement des étudiants. É. Robichaud souligne aussi l’importance que les écoles développent un sentiment d’appartenance chez leurs élèves. L’exemple de l’école secondaire Louis-Riel supporte le propos, mais aucune recette à suivre n’est réellement donnée pour en assurer la réussite. Par ailleurs, les propositions restent très sommaires, malgré qu’elles offrent tout de même quelques bases pour une réflexion pouvant un jour mener à une potentielle réforme durable du système québécois de l’éducation.

Quant à la religion, elle est peu visible, mais elle est bien présente en filigrane. L’auteur est clair sur les influences qu’auront eues sur lui les communautés religieuses, mais aussi sur la culture québécoise. Il est dur à dire si le respect exprimé envers les communautés enseignantes provient du fondement spirituel de leur enseignement ou bien de la diversité des approches pédagogiques (chaque communauté religieuse ayant sa propre saveur et orientation pédagogique). Le modèle de l’école autonome que propose É. Robichaud est-il à l’image de l’actuelle diversité religieuse? Cela est difficile à dire, car É. Robichaud affirme effectivement que le meilleur moyen d’avoir un enseignement authentique est de laisser une plus grande latitude aux écoles, mais aussi aux enseignants et aux directions d’écoles, et de redonner ainsi une saveur locale venue de la base, c’est-à-dire de l’école elle-même, et non plus de techniciens de la pédagogie. Toutefois, l’ouvrage se termine sur le malaise de son auteur devant l’oubli des racines chrétiennes du Québec et devant l’imposition à toutes les écoles du Québec, depuis 2005, du cours « Éthique et culture religieuse ». Il s’agit là, encore une fois, d’éléments qui rendent difficile l’appréhension du propos, car ce genre de propos obscurcit les intentions de l’auteur. L’impression finale est que l’auteur critique surtout le système actuel par nostalgie et qu’il aimerait bien un certain retour de l’idéologie pour laquelle il milite (et de laquelle il s’ennuie). Malgré tout, le livre saura plaire aux acteurs du milieu de l’enseignement. Il permet de stimuler une certaine réflexion sur les différents virages (ou visages?) du système qui, il est inutile de le cacher, doit être repensé à certains égards.

Un compte-rendu d’Hugues St-Pierre

Émile Robichaud, Succursales ou institutions? Redonner sens à nos écoles, Montréal, Médiaspaul, 2017, 133 pages.

Prix : 15 € | 18,95$
ISBN : 9782897601300

A propos de l'auteur

Cofondateur

Hugues St-Pierre est diplômé en philosophie ainsi qu’en sciences des religions, programme dans lequel il poursuit aujourd'hui à la maîtrise. Ses intérêts sont principalement orientés vers les analyses discursives, la sexualité et les phénomènes religieux contemporains. Un faible penchant pour la philosophie et l'anthropologie des religions se fait aussi sentir. En tant qu'homme d'idée, Hugues St-Pierre est toujours sur la route de l'univers des possibles à la recherche de projets ambitieux. Il est, entre autres, l'instigateur et l'un des quatre cofondateurs du site Internet de LMD.

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