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Rapport d’un groupe évangélique sur l’environnement

Le 18 septembre dernier, la Cornwall Alliance for the Stewardship of Creation proposait une déclaration intitulée « Protect the Poor: Ten Reasons to Oppose Harmful Climate Change Policies ». Cette organisation évangélique est composée de théologiens, pasteurs, scientifiques, économistes et experts en politiques, qui font la promotion du soin de l’environnement et du développement économique fondée sur des principes bibliques. Cette déclaration fait suite à un rapport que l’Alliance a produit : « A Call to Truth Prudence, and Protection of the Poor 2014: The Case against Harmful Climate Policies Gets Stronger ». La teneur des propositions qui émanent de ce rapport vise à montrer que les politiques contre l’émission de gaz à effet de serre peuvent causer du tort aux plus pauvres parmi nous. Bien que la déclaration issue du rapport admette qu’il y a bel et bien réchauffement de la planète, cela n’est pas pour alarmer la Cornwall Alliance puisqu’elle pense que cela profite à la vie sur Terre. Elle montre en effet que cela contribue à de meilleures récoltes ce qui rend la nourriture plus abondante et plus accessible à tous ; que les changements climatiques, qu’il s’agisse de hausse ou de baisse de température, ne sauraient être reliés à l’activité humaine, elles feraient plutôt partie d’un cycle naturel ; que l’abondance des énergies fossiles, qui contribuent grandement à l’émission de CO2, serait quant à elle indispensable pour garder les gens hors de la pauvreté. Renverser la tendance de l’émission de gaz à effet de serre aurait pour l’organisme des répercussions négligeables pour l’environnement, mais aurait de graves impacts sur la condition des pauvres : le prix de l’énergie serait à la hausse, l’économie au ralenti et ce sont les pauvres, qui dans les pays en développement dépensent plus – en terme de pourcentage de leur salaire – pour obtenir leur énergie, qui en payeraient le coût immédiat.

Disons d’emblée que la Cornwall Alliance représente le courant conservateur de l’évangélisme américain. Il y a d’autres groupes évangéliques qui n’arrivent pas aux mêmes conclusions : on n’a qu’à penser à l’Evangelical Environmental Network[1]. Qu’est-ce qui explique que des groupes évangéliques, qui ont recours aux mêmes textes bibliques, puissent avoir une compréhension radicalement différente des principes bibliques ? Les deux groupes en effet citent la Genèse, premier livre de l’Ancien Testament, pour justifier leurs positions.

Dans le courant de pensée évangélique, il existe des croyances qui sont susceptibles de provoquer une certaine résistance face aux défis climatiques. D’une part, la majorité des évangélistes américains sont créationnistes. Cela ne signifie pas uniquement qu’ils croient au design intelligent de l’univers, cela signifie plutôt qu’ils tiennent aux récits de la création. Face aux données de la science qui contredisent souvent ce récit, ils préfèrent se fier à leur interprétation des textes plutôt qu’aux scientifiques. Or, ce sont ces mêmes scientifiques qui proposent des données sur le réchauffement climatique et les évangélistes sont généralement suspicieux à l’égard de la science. Les plus jeunes générations d’évangélistes n’ont toutefois pas cette même méfiance à l’égard de la science, ce qui en conséquence fait en sorte qu’il y a aussi des groupes évangélistes qui s’inquiètent du sort de la Terre. Ces derniers, comme c’est le cas de l’Evangelical Environment Network, retiennent plutôt l’idée exprimée en Genèse 2, 15 qui veut que l’humain soit le gardien de la création.

Mais il y a une autre croyance qui a cours dans ces milieux qui poussent certains groupes évangélistes à mettre les enjeux environnementaux de côté : la fin des temps. Comme qu’exprimé dans certains livres du Nouveau Testament comme l’Apocalypse, Dieu a choisi un jour où il mettra fin à la création. Pour les évangélistes, qui sont généralement très versés dans l’étude de la fin des temps, ce ne sont pas les humains qui détruiront la Terre mais Dieu : l’humain ne peut donc pas changer le cours de l’histoire par ses actions. C’est ce qui explique qu’il y a également un fossé qui sépare les activistes environnementaux qui prédisent des changements climatiques à des degrés apocalyptiques et les évangélistes qui croient fermement que rien n’arrive qui n’est inscrit dans le plan de Dieu. Pour les uns, l’être humain peut faire une différence, pour les autres il ne peut rien.

[1] Je vous invite à visiter leur suggestion de livre sur le site amazon.com pour constater qu’il y a beaucoup de livres écrits par des auteurs évangéliques qui vont dans le sens contraire de la Cornwall Alliance.

A propos de l'auteur

Cofondateur

Jeffery Aubin est diplômé en Études anciennes et a obtenu un doctorat en sciences des religions à l’Université Laval. Il est chercheur postdoctoral à l’Université d’Ottawa au Département d’études anciennes et de sciences des religions. Il travaille sur les Pères de l’Église, les textes apocryphes chrétiens et les hérésies. Il s’intéresse aux rapports entre les récits cosmologiques et l’éthique, aux rapports entre les religions et la société et, enfin, à la philosophie de la religion. Passionné par ces questions, il aime également analyser les questions actuelles portant sur ces thèmes.

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