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Des Églises, progressistes ?

Voilà maintenant bientôt trois ans que je m’intéresse et que je couvre les phénomènes religieux liés à l’actualité pour le compte de la Montagne des dieux (car, pour nos lecteurs qui ne le sauraient pas, la Montagne des dieux était à la radio avant de devenir un site Internet). Je couvre maintenant presque uniquement les nouvelles qui concernent les dénominations protestantes dans le monde occidental : cela me transporte loin du discours populaire qui veut que les religions soient arriérées, démodées, obsolètes et tout simplement dépassées.

En effet, plusieurs sujets que j’ai dû aborder sont reliés à des questions tout à fait contemporaines : l’homosexualité, la femme, l’environnement. Bien entendu, on représente souvent les religions comme réfractaires à ces questions et totalement opposées à un quelconque changement. Toutefois, et cela n’est généralement pas discuté dans les médias et la sphère publique, le portrait est tout autre. On peut penser à l’Église Unie du Canada qui, en juillet dernier, est devenue l’un des plus importants partenaires des Jeux gais 2014 tenus à Cleveland. Pour quiconque s’intéresse un tant soit peu à cette dénomination, cela n’a rien d’étonnant, car l’Église Unie supporte les droits des homosexuels depuis longtemps et cela est même devenu une caractéristique importante ce cette Église.

Un autre exemple, moins frappant cette fois-ci, est celui du Synode sur les femmes évêques dans l’Église d’Angleterre. Toujours en juillet dernier, cette Église reconduisait la proposition, qui avait échouée en 2012, de voir les femmes accéder à l’épiscopat. On pourrait certainement souligner que l’Église d’Angleterre est tout à fait en retard concernant cette question puisque plusieurs de ses propres Églises, dans les autres pays d’Occident, ont depuis plusieurs décennies ouvert l’épiscopat aux femmes. Mais à y regarder de plus près, on voit que le vote était favorable, en 2012, à ce changement dans la chambre des évêques et la chambre des clercs (à titre d’exemple, la chambre des évêques a voté en 2012 et en 2014 à plus de 90% en faveur de cette proposition). En 2012, c’était la chambre des laïcs qui avait renversé la proposition (voir notre article à ce sujet). Cela nous indique que ce n’est pas, contrairement à la croyance populaire, les évêques haut placés qui ne désirent pas voir les femmes arriver à leur niveau : rappelons qu’au moment du vote, seule la chambre des évêques était composée entièrement d’hommes. Cela renverse quelque peu les objections habituelles à l’endroit des mouvements religieux. Rappelons au passage que la situation est tout autre dans l’Église catholique puisque celle-ci est beaucoup plus attachée à la tradition que ne le sont les Églises issues du protestantisme.

Cette semaine eut lieu à New York un Sommet sur les changements climatiques. À cette occasion, certains évêques d’Églises protestantes au Canada ont profité de cette occasion pour joindre leur voix à l’indignation face à ces changements climatiques (voir notre article à ce sujet). Cela montre encore une fois la préoccupation de certains mouvements religieux face aux questions de société. Loin d’être dépassées, ces Églises sont conscientes des défis auxquels l’humanité fait face et se rangent du côté plus progressiste. En ce sens, certaines Églises sont très jeunes et pas du tout dépassées.

Bien entendu, la motivation de ces Églises est bien différente des mouvements progressistes habituels qui se battent pour les droits des homosexuels, pour la place de la femme dans la société et pour la lutte aux changements climatiques. Pour les Églises, la motivation vient du message d’inclusion de Jésus pour justifier leur intérêt dans le débat sur l’homosexualité, de la phrase de Paul (« devant Dieu il n’y a ni homme ni femme » dans Épitres aux Galates 3, 28) pour légitimer la place de la femme dans l’Église et, enfin, du travail créateur de Dieu pour se joindre à la lutte environnementale. Quoi qu’il en soit, ces quelques faits servent à nous rappeler que l’on ne doit pas réduire tout discours religieux à de simples discours dépassés.

A propos de l'auteur

Cofondateur

Jeffery Aubin est diplômé en Études anciennes et a obtenu un doctorat en sciences des religions à l’Université Laval. Il est chercheur postdoctoral à l’Université d’Ottawa au Département d’études anciennes et de sciences des religions. Il travaille sur les Pères de l’Église, les textes apocryphes chrétiens et les hérésies. Il s’intéresse aux rapports entre les récits cosmologiques et l’éthique, aux rapports entre les religions et la société et, enfin, à la philosophie de la religion. Passionné par ces questions, il aime également analyser les questions actuelles portant sur ces thèmes.

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