Offre alimentaire religieuse des compagnies aériennes Reviewed by Jeffery Aubin on . Trois chercheurs de l’Université de Montréal affirment, dans une récente étude, que les menus offerts à bord des avions sont composés selon des principes religi Trois chercheurs de l’Université de Montréal affirment, dans une récente étude, que les menus offerts à bord des avions sont composés selon des principes religi Rating: 0
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Offre alimentaire religieuse des compagnies aériennes

Trois chercheurs de l’Université de Montréal affirment, dans une récente étude, que les menus offerts à bord des avions sont composés selon des principes religieux. Les chercheurs ont en effet découvert que l’Association internationale du transport aérien (IATA) définit les normes en matière de menus spéciaux que doivent servir les compagnies aériennes. Ces normes sont présentées dans le Passenger Services Conference Resolutions Manuel de l’IATA. On trouve dans ce manuel pas moins de 21 repas spéciaux dont 5 sont religieux : il s’agit du repas végétarien hindou, du repas hindou, du repas casher, du repas musulman et enfin du repas végétarien jaïn. Des 34 compagnies aériennes observées, on y apprend que l’offre d’Air Canada, par exemple, est comparable aux autres compagnies aériennes en Amérique du Nord. Air Canada propose en effet les repas casher, les repas musulmans et les deux repas hindous ; le repas végétarien jaïn n’est toutefois pas disponible sur les ailes de la compagnie canadienne. En Amérique, seul Contiental propose ce repas, mais il est disponible sur les vols des compagnies de l’Asie de l’Est comme Air China, All Nippon Airways et Asiana.

Plus largement, l’étude révèle que des 34 compagnies analysées, 32 proposent des menus aux musulmans, 29 aux juifs, 29 aux hindous et 17 aux jaïns. Deux compagnies américaines, Continental et Delta, offrent également des menus spéciaux lors de certaines célébrations, par exemple pour la Pâque juive.

Même si les chrétiens ont peu d’interdits alimentaires, la compagnie Aeroflot offre un menu spécialement adapté aux personnes pratiquant le christianisme. Elle propose en effet un repas pour le carême. D’autres repas sont également proposés par certaines compagnies aériennes durant la période de Noël. Il s’agit ici toutefois de mets qui n’ont pas de lien avec des interdits alimentaires, mais plus avec la tradition du temps des fêtes (dinde, pain d’épice, chocolat, biscuits de Noël, etc.).

Selon les chercheurs de l’étude, plusieurs raisons influencent les compagnies aériennes dans leur décision d’offrir des mets qui répondent aux normes des religions. Bien entendu, nous retrouvons parmi ces raisons la logique économique, puisque les compagnies aériennes savent qu’ils pourraient perdre des clients s’ils ne les offraient pas. Mais il ne s’agit pas uniquement d’une logique économique, puisque la moitié des compagnies aériennes observées proposent des repas jaïns bien que le jaïnisme soit une religion très peu pratiquée dans le monde en dehors de l’Inde.

Les chercheurs soulignent également que la géographie joue un rôle dans l’offre, en ce sens que les repas sont offerts selon l’importance des communautés religieuses dans une région. Bien que le Proche-Orient soit composé de beaucoup de musulmans, les chercheurs soulignent que les repas musulmans ne sont pas offerts sur toutes les lignes d’aviation. C’est par exemple le cas de la compagnie israélienne El Al, ce qui montre qu’il y a aussi un facteur politique à considérer dans l’offre des compagnies aériennes. En contrepartie, certaines compagnies du Proche-Orient ne proposent pas de repas casher. D’autres, comme Egyptair et Turkish, en offrent. Les chercheurs soulignent que l’Égypte et la Turquie avaient reconnu l’État d’Israël en 1950, et que l’Égypte entretient des relations diplomatiques avec Israël. Ces données poussent donc les auteurs de l’étude à voir dans ces choix une logique politique.

Les chercheurs voient toutefois dans ces pratiques un côté plus sombre. Ils notent en effet que la décision de l’IATA d’offrir cinq menus religieux fait en sorte que d’autres religions sont ignorées. En d’autres termes, l’IATA se donne en quelque sorte le droit de dire quelle religion peut répondre à la définition de religion. En conséquence, les auteurs de l’étude affirment que « l’IATA et les compagnies aériennes, parce qu’elles ne proposent ni repas vaudou, ni repas kimbanguiste, ni menu druidique, taoïste ou wicca, excluent ces religions du champ des religions, sans explications ni justifications, sans avoir de compte à rendre à qui que ce soit. ». Un autre effet de cette décision de l’IATA est de « [r]amener au plus petit dénominateur commun ». Les auteurs soulignent en effet que certaines compagnies offrent par défaut un menu halal, ce qui a pour effet de ne pas offrir de porc à ceux qui voudraient en manger (c’est-à-dire des agnostiques, des chrétiens ou des athées). Selon les auteurs, la raison est la suivante : « les chrétiens pouvant manger de tout, ils peuvent aussi bien manger halal. Comme menus religieux non-musulmans, ces compagnies ne proposent que des menus plus restrictifs que le menu halal, parfois des repas cacher, souvent des repas hindous et jaïns. ». La dernière conséquence des normes imposées par l’IATA est de réduire l’impact des religions sur l’alimentation aux seuls tabous. Comme certains menus religieux sont marqués par l’absence de certains aliments (porc, alcool, bœuf, légumes racines), ces normes ont tendance à réduire les menus religieux uniquement aux proscriptions. Mais les religions exercent d’autres impacts sur les habitudes alimentaires : elles remplissent un rôle prescripteur en proposant la consommation de certaines nourritures lors de célébration. Or, cela est mis de côté dans les normes de l’IATA.

Auteurs de l’étude :

Olivier Bauer, Thibaud Hery Jules Bauer et Marion Vohirana Cécile Bauer

La publication des résultats de l’étude est disponible pour consultation ici.

A propos de l'auteur

Cofondateur

Jeffery Aubin est diplômé en Études anciennes et a obtenu un doctorat en sciences des religions à l’Université Laval. Il est chercheur postdoctoral à l’Université d’Ottawa au Département d’études anciennes et de sciences des religions. Il travaille sur les Pères de l’Église, les textes apocryphes chrétiens et les hérésies. Il s’intéresse aux rapports entre les récits cosmologiques et l’éthique, aux rapports entre les religions et la société et, enfin, à la philosophie de la religion. Passionné par ces questions, il aime également analyser les questions actuelles portant sur ces thèmes.

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