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Des protestants dans les premiers développements de la colonie de la Nouvelle France

Le protestantisme québécois
– Partie 1 –
Des protestants dans les premiers développements de la colonie de la Nouvelle-France

Duclos« Y a-t-il un protestantisme français au Canada ? Voilà une question que peut se poser chaque étranger qui traverse le pays. »[1] Voici les mots avec lesquels le pasteur Duclos, un des premiers historiens du protestantisme québécois, ouvrait son principal ouvrage publié en 1912. Ajoutons à cela que nous n’avons nul besoin d’être un étranger pour nous poser cette question. La conception traditionnelle de notre pays oppose clairement deux groupes : l’un francophone et catholique, l’autre anglophone et protestant. Toutefois, une recherche attentive nous permet de découvrir quelques groupes minoritaires qui échappent à cette conception du passé canadien.

Dans ce dossier, je vous propose de retourner tout au début de notre histoire nationale, à la recherche d’un groupe social à l’identité ambiguë. Il se situe à mi-chemin entre les deux groupes monolithiques que nous connaissons bien : lié (ou rejeté !) à l’un par la langue et à l’autre par la religion. La présence de francophones protestants au Québec n’est pas un phénomène récent, dès les premières explorations en Amérique, des protestants y ont foulé le sol.

Le début de la présence protestante en Nouvelle-France débute en 1541, lorsque François 1er confia la charge de Lieutenant Général des « Terres-Neuves » à Jean-François de La Rocque de Roberval, un protestant. Aux côtés de Jacques Cartier, Roberval aura paradoxalement la tâche de veiller à la propagation de la foi catholique en plus d’établir une colonie. Toutefois, ces premiers efforts pour établir une colonie dans le secteur de l’actuel Cap-Rouge s’estompèrent rapidement lorsque la France entra en guerre contre l’Espagne et l’Angleterre.

 

 

Jean-François de La Rocque de Roberval | source : Société d’Archéologie et d’Histoire de Saint-Valery-sur-Somme

Jean-François de La Rocque de Roberval | source : Société d’Archéologie et d’Histoire de Saint-Valery-sur-Somme

 

Malgré tout, quelques années plus tard, en 1600, lorsque la Nouvelle-France redevint dans les priorités du roi, Pierre Chauvin, un autre protestant, installa un poste de traite à Tadoussac. En 1603, Pierre Du Gua des Monts qui assistait Samuel de Champlain à titre de Lieutenant-Gouverneur dans le peuplement de l’Acadie, était lui aussi un protestant. Chauvin et Du Gua de Monts prirent tous deux le soin de faire voyager avec eux un ministre du culte protestant, leur assurant ainsi de pouvoir continuer la pratique de leur religion. De plus, en 1620, la Compagnie de Montmorency, qui avait un protestant au sein de sa direction, Guillaume de Caëns, obtint le monopole sur la traite des fourrures.

 

 

Pierre Du Gua des Monts | Source : http://michelinewalker.com

Pierre Du Gua des Monts | Source : Micheline’s Blog

 

Ces quelques hommes ayant assumé un rôle important dans les premiers développements de la colonie témoignent d’une certaine présence protestante en Nouvelle-France. Si nous pouvons retracer certains de ces protestants, il est cependant presque impossible de les dénombrer tous ou encore de connaître leur pratique religieuse et leur spiritualité. Les sources les concernant sont assez limitées et : Les quelques témoignages que nous avons d’eux nous proviennent des écrits de leurs contemporains catholiques comme Marc Lescarbot, Samuel de Champlain ou encore les Pères Sagard et Le Clercq.

L’intérêt de ces quelques protestants à bien vouloir s’embarquer pour l’Amérique peut s’expliquer du fait que les tensions religieuses y étaient moins prononcées qu’en France, bien qu’il pouvait tout de même y en avoir. À ce sujet, Champlain a écrit : «J’ay veu le Ministre & nostre curé s’entrebattre à coup de poing, sur le différend de la religion» [2]. Certains prêtres de l’époque racontent aussi que des hommes catholiques participaient aux cultes protestants afin d’obtenir la faveur de leur dirigeant protestant.

La présence de ces quelques personnages importants de confession protestante des débuts de la colonie nous permet d’affirmer que le protestantisme était présent dès le début de la Nouvelle-France. Nous continuerons notre survol de l’histoire du protestantisme franco-québécois dans un second article au sujet de la présence protestante dans la colonie française jusqu’à la fin du régime français en 1760.

Pour aller plus loin

Bédard, Marc-André, Les Protestants en Nouvelle-France, Cahiers d’Histoire no. 31, La Société Historique de Québec, 1978

Larin, Robert, Brève histoire des protestants en Nouvelle-France et au Québec : XVIe – XIXe siècles, Saint-Alphonse-de-Granby : Éditions de la Paix, 1998

Lalonde, Jean-Louis, Des loups dans la bergerie: les protestants de langue française au Québec : 1534-2000, Québec : Fides, 2002

Rocher, Marie-Claude et collab., Huguenots et protestants francophones au Québec : fragment d’histoire, Montréal: Novalis, 2014

 

[1] Rieul-P Duclos, Histoire du protestantisme français au Canada et aux États-Unis, vol. 1, 1912, p.1.

[2] Samuel de Champlain, Œuvres de Champlain, Québec : Imprimé au Séminaire par Geo.-E. Desbarats, 2ième édition, 1870, p. 709. [en ligne] (consulté le 14 octobre 2015)

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