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Les débuts d’un protestantisme durable au Québec

Prélude d’un mouvement revivaliste québécois

Comme nous l’avons mentionné dans le précédent article, l’Église anglicane, installée après la conquête britannique, n’a pas vraiment atteint le peuple québécois francophone. Les autres protestants anglophones comme les presbytériens ou les baptistes n’ont pas eu plus d’impact sur la foi des Canadiens français. Ce sont des missionnaires envoyés de l’extérieur par des mouvements de réveils[1] qui réussiront à convertir ceux qui ont formé les premières églises protestantes canadiennes-françaises.

Les premiers missionnaires à être passés au Québec sont, en 1809, les méthodistes américains, Pierre Langlois et Robert Baird. Par la suite, un autre méthodiste, Jean de Putron, fut missionnaire au Québec en 1815. Ceux-ci n’ont probablement pas été les seuls à venir aux Québec avec l’ambition de convertir des francophones au protestantisme, mais ils sont les seuls noms dont les archives de leur société missionnaire nous ont laissé la trace. Bien que nous connaissions leur nom, nous ne connaissons pas davantage les détails de leur travail au Québec, qui fut probablement peu concluant vu l’absence de traces laissées par ceux-ci dans le paysage québécois.

Par la suite, c’est la société évangélique de Lausanne, créée en 1826, qui sera aux sources de la véritable genèse du protestantisme francophone québécois. Au tout début, cette société missionnaire voit davantage l’urgence de convertir au christianisme les peuples autochtones de l’Amérique que de convertir les catholiques au protestantisme. C’est en 1834 qu’Henry Olivier, accompagné de sa femme Jenny ainsi que de Samuel Dentan et de Daniel Gavin, quitte la Suisse pour aller annoncer l’Évangile en Amérique. D’abord engagés pour œuvrer auprès des Sioux du Mississippi, Samuel Dentan et le Couple Olivier se firent convaincre par des pasteurs anglophones d’exercer leur mission à Montréal auprès des Canadiens français plutôt qu’auprès des autochtones.

En 1835, une amie du couple Olivier, Henriette Odin, veuve de Louis Feller, accompagnée d’un jeune diplômé de théologie, Louis Roussy, vint les rejoindre au Canada.  Après l’arrivée d’Henriette Odin-Feller et de Louis Roussy, le couple Olivier retourna en Europe. Henriette Odin-Feller et Louis Roussy seront donc les deux premiers à s’installer de façon durable, au Québec dans le but de convaincre les Canadiens français de changer de religion.

 

Henriette Feller | Photo : Musée McCord (licence Creative Commons BY-NC-ND)

Henriette Feller | Photo : Musée McCord (licence Creative Commons BY-NC-ND)

 

Un moment décisif dans l’acceptation du protestantisme au Québec

La première mission protestante de cette époque, celle de Mme Feller, fut celle de la Grande-Ligne (située dans l’actuelle région administrative de la Montérégie). Cette région était aussi reconnue pour ses idées républicaines. Les partisans de Louis-Joseph Papineau n’ont pas d’abord été très favorables à l’arrivée de ces missionnaires protestants. On peut lire dans les mémoires de Mme Feller que « […] la populace rude s’assembla et attaqua les maisons des convertis[2]. » On raconte aussi dans ces mémoires que M. Roussy craignit pour sa vie et que les fenêtres de Mme Feller furent cassées par des billes de bois. Pour les patriotes, la « nouvelle religion » que leur proposaient ces missionnaires n’était rien d’autre qu’une assimilation au gouvernement britannique et n’avait pas sa place au sein du peuple québécois francophone. Face à la menace des patriotes, le 4 novembre 1837, les deux missionnaires décidèrent de quitter la Grande-Ligne et de s’installer aux États-Unis. Un an plus tard, en 1838 les agitations des patriotes avaient cessé. Lors du retour des missionnaires à la Grande-Ligne, les patriotes leur réservèrent un tout autre accueil.

Devant le refus de la hiérarchie catholique d’appuyer les patriotes, certains missionnaires saisir l’occasion de tendre le bras a ceux qui devenaient des rebelles sans Églises. Les idées républicaines des patriotes finirent par aider à faire accepter les missionnaires suisses qui avaient la qualité de partager la même religion que ceux qui avaient fait l’indépendance des États-Unis. Ainsi, chez certains, l’anticléricalisme catholique finit par se transformer en acceptation du protestantisme. De plus, avec la conversion des deux ex-patriotes devenues pasteurs protestants, Cyrille-Hector-Octave Côté et Amand Parent, ainsi que la conversion de deux ex-prêtres, Louis Normandeau et Hubert-Joseph Tétreau, l’effectif pastoral de la Grande-Ligne avait tout ce qu’il fallait pour que leur mission soit un succès. On peut aussi penser que l’excommunication de plusieurs patriotes semble avoir préparé le terrain au relatif succès du protestantisme francophone en démontrant qu’il était possible d’être un francophone non catholique.

Mouvement plus large

Si on vient de situer les débuts de la mission de la Grande-Ligne, premier terrain d’accueil du protestantisme francophone, dans son environnement immédiat, il faut aussi situer le début du champ missionnaire protestant au Québec dans un ensemble plus large. Cette mission advient à une époque où il semble y avoir un creux dans le domaine spirituel du peuple québécois. Au même moment où des missionnaires protestants commencent à sillonner le paysage québécois, des missionnaires catholiques parcourent les extrémités du Québec dans le but de raviver la foi des habitants à la foi catholique devenue plutôt tiède.[3] De plus, des missionnaires revivalistes protestants sont à l’œuvre un peu partout où des Églises protestantes sont instituées. Bref, à cette époque le christianisme occidental tente de se revitaliser, qu’il soit catholique ou protestant, européen ou américain. L’arrivée de missionnaires protestants francophones au Québec s’inscrit donc dans un mouvement assez large.

Les différentes stratégies d’évangélisation

Les deux principaux moyens de transmettre la foi protestante furent l’éducation et le colportage. À une époque où le Québec était très peu scolarisé, faire la promotion d’un christianisme, dont une des plus importantes marques de piété, passe par la lecture de la Bible et l’on se devait de travailler l’alphabétisation. C’est ainsi que les missionnaires ont aussi été des instituteurs apprenant aux Canadiens français à lire afin qu’ils puissent être capables de lire par eux-mêmes ce que contenait la Bible plutôt que de se fier à la lecture orale du prêtre. Cette mission d’éducation s’est donc fait, d’une part, en fondant des écoles pour les plus jeunes et, d’autre part, par des réunions dans les maisons avec des adultes.

Le colportage fut aussi une façon d’annoncer l’Évangile de façon protestante. Les missionnaires ont donc sillonné les routes du Québec lisant la Bible, prêchant et vendant à faibles coûts des versions françaises de la Bible. Les missionnaires rencontraient souvent une population dont la plupart des prêtres de villages condamnaient la lecture de ces Bibles « corrompues » offertes par les colporteurs. Les missionnaires réussirent tout de même à en vendre un peu partout au Québec et un nombre bien plus important que le nombre de ceux qui sont devenus protestants.

Diversité confessionnelle

Graduellement, le champ de la mission protestante au Québec grandissait et plusieurs confessions se lancèrent dans de tels projets. La Société missionnaire de la Grande-Ligne, fondée en 1836, devint rapidement une mission de confession baptiste. Au même moment, œuvrait la Société auxiliaire montréalaise de la British and Foreign Bible Society qui, elle, était non-confessionnelle. Son objectif étant simplement de faciliter l’accessibilité à la lecture de la Bible. En 1841, naquit la mission de l’Église presbytérienne et en 1854, ce fut au tour des méthodistes de fonder leur société missionnaire.

Pour sa part, la majorité de l’Église anglicane ne voyait pas d’un très bon œil les missions protestantes, mais en 1848, elle fonda, tout de même, une société missionnaire anglicane. Si les anglicans de cette époque acceptaient que des catholiques se convertissent à l’anglicanisme, ce devait avant tout être sous l’effort des convertis que venant du prosélytisme de pasteurs anglicans. Depuis l’échec des premières années du régime britannique, les anglicans travaillaient davantage de pairs plutôt que de contrer  l’Église catholique. La paix sociale semble leur avoir été plus importante que de voir les francophones catholiques devenir protestants. Dans cette optique, la seule option possible fut l’éducation. C’est ainsi qu’un groupe d’anglicans a fondé le collège Sabrevois. Ce fut l’outil qui permit de fonder une des premières églises anglicanes francophones à Sainte-Anne-de-Sabrevois au sud du Québec.

 

Église anglicane du Messie, située à Sainte-Anne-de-Sabrevois | Photo : Louis-Philippe Rousselle-Brosseau (licence Creative Commons BY-SA)

Église anglicane du Messie, située à Sainte-Anne-de-Sabrevois | Photo : Louis-Philippe Rousselle-Brosseau (licence Creative Commons BY-SA)

 

La Société missionnaire canadienne-française, ayant débuté en 1839, a été le pont réunissant l’ensemble des missions protestantes au Québec jusque dans les années 1880. N’étant pas un organisme confessionnel, elle obtenait son financement de la part de différentes confessions et employait des missionnaires de divers horizons. Elle était probablement la société missionnaire la plus représentative des mouvements revivalistes qui se concentrait  souvent sur le message simple du salut en Jésus-Christ en relayant au plan secondaire, les différents débats théologiques.

Ainsi, ces débuts de l’œuvre missionnaire protestante au Québec ont permis d’ériger certaines églises qui ont laissé leur trace dans le paysage québécois. Parmi celles-ci mentionnons l’Église Roussy Mémorial à Saint-Blaise-sur-Richelieu, ou encore l’Église anglicane de Sabrevois.

 

Église Roussy Memorial | Photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec

Église Roussy Memorial, située à Saint-Blaise-sur-Richelieu | Photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec

 

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RENÉ Hardy, Contrôle social et mutation de la culture religieuse au Québec 1830-1930, Montréal, Boréal, 1999.

[1] Par mouvement de réveil, on entend l’ensemble des mouvements protestants, nés à partir du 18e siècle, mettant l’emphase sur la conversion en tant qu’expérience religieuse personnelle.

[2] John Mockett  Cramp, Les mémoires de madame Feller, Trois-Rivières : Publications chrétiennes, 2012 [1876], p.125.

[3] Pour plus de détail sur les missions catholiques consultez l’article de Christine Hudon et de Lucia Ferretti : « Évangéliser les Canadiens français : missions et retraites paroissiales au XIXe siècle ».

 

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