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Quelques remarques sur trois colloques récents et à venir sur le judaïsme et le christianisme anciens

Au cours des derniers mois, j’ai eu l’occasion de participer à trois importants colloques sur des thèmes variés. Le premier colloque fut organisé par le Réseau de Recherche en Narratologie et Bible (RRENAB) et s’est tenu à l’Université de Montréal, du 5 au 7 juin 2014, sur le thème Narrativité, oralité et performance. Se spécialisant dans l’étude de la narrativité des textes bibliques, les participants de ce symposium du RRENAB se sont questionnés sur la performance criticism, une approche développée particulièrement par David Rhoads (Lutheran School of Theology at Chicago, États-Unis) et d’autres chercheurs américains, qui propose des « interprétations » théâtrales des textes du Nouveau Testament qui font appel à la gestuelle, aux intonations, au rythme et à la corporalité tout en s’appuyant sur une solide analyse narrative ou rhétorique. D. Rhoads souligne d’ailleurs que « [the] manuscripts of Christian writing were not central to the experience of the first century churches. Rather, performances were central to the life of the early church, while textes as such were peripheral[1]. » Si l’on connaît effectivement l’importance qu’avait l’oralité dans l’Antiquité, particulièrement dans les traditions judéennes et chrétiennes, on peut alors se demander comment les textes bibliques ont d’abord été présentés oralement aux différentes communautés, en d’autres termes, sur la manière dont ils ont d’abord été performés[2] avant, mais également après leur mise par écrit dans un canon qui prendra bien du temps à se constituer.

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Effectivement, nos textes bibliques ont rapidement circulé dans les différentes communautés chrétiennes, ce qui a certainement eu un impact sur la manière dont il a été performé, mais malheureusement, tout ce qui nous est parvenu ce sont les textes qui comportent certes des traces et des indices de leur oralité, mais très peu en ce qui concerne la manière dont ils ont été performés. À mon avis, et de l’avis de certains collègues qui ont participé à cette rencontre scientifique, malgré certains éléments intéressants, la performance criticism demeure beaucoup plus utile à la prédication contemporaine qu’à l’analyse des textes bibliques. On attendra les conclusions sur la pertinence et la fécondité de l’articulation entre narrativité, oralité et performance qui paraîtront au cours de la prochaine année dans les Actes du symposium. Un dossier à suivre !

            Le second colloque auquel j’ai participé fut organisé par l’Association Catholique Française pour l’Étude de la Bible (A.C.F.E.B.) et s’est tenu à l’Université Catholique de Lyon, du 1er au 4 septembre 2014, sur le thème Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu » (Ez 36,28) : réalisations et promesse. Réunissant près de 200 participants, cet important colloque s’est notamment interrogé sur la question du « peuple de Dieu » et de l’articulation de cette question dans les différents textes bibliques de l’Ancien et du Nouveau Testament, à différentes périodes, de l’Antiquité à nos jours. Sans pouvoir reprendre dans le détail les différentes contributions qui ont été présentées, je n’en mentionnerai que quelques-unes qui ont particulièrement retenu notre attention.

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Plusieurs participants se sont interrogés sur les différentes terminologies employées dans les textes bibliques pour (re)présenter ou qualifier le « peuple de Dieu » aux différentes époques de l’histoire du judaïsme et du christianisme. Particulièrement, dans sa contribution, « Peuple et nations » dans le Nouveau Testament, Christian Grappe (Université de Strasbourg) s’est intéressé aux occurrences et aux rapports terminologiques entre peuple (laos en grec ancien) et nation (ethnos en grec ancien), de même que Judéen/Juif (Ioudaios en grec ancien) et Israël dans les textes du Nouveau Testament permettant ainsi de souligner que certains de ces textes, notamment l’Évangile selon Luc, les Actes des apôtres et l’Épître aux Hébreux renferment la majorité des occurrences de ces terminologies anciennes. Pour sa part, la contribution de Katell Berthelot (Aix-en-Provence), Le peuple et la terre à l’époque hasmonéenne, a souligné l’importance terminologique qui se mit en place sous la dynastie hasmonéenne pour désigner la nation judéenne, soit Ioudaioi, une désignation qui fait actuellement l’objet d’un important débat entre spécialistes sur la manière dont on doit le traduire. Dans la même perspective, la contribution Is there any ancient Judaism to speak of ?, de Daniel Boyarin (Berkeley University) revient sur l’éternel problème de traduction de Ioudaios (Juif ou Judéen) de même que la manière dont on doit parler du judaïsme dans l’Antiquité : religion ou ethnicité ? Daniel Boyarin nous confia d’ailleurs que, selon lui, la meilleure manière de traduire le terme Ioudaios est de ne pas le traduire, mais cette position ne règle pas le problème, car il repose, à mon avis, davantage sur une question de perspective, certains abordant le « judaïsme » comme un élément de l’ethnicité judéenne alors que pour d’autres il s’agit plutôt d’une religion. Les actes de ce colloque devraient paraître ultérieurement aux éditions du Cerf.

Le dernier colloque auquel j’ai eu l’occasion de participer s’est tenu à l’Université Laval (Québec) du 18 au 20 septembre 2014 et fut organisé conjointement par le Groupe de recherche sur le Christianisme et l’Antiquité Tardive (Université Laval) et l’École pratique des hautes études (Paris). Réunissant 18 spécialistes provenant du Canada, d’Europe, d’Israël et des États-Unis, ce colloque avait pour thème La question de la sacerdotalisation dans le judaïsme chrétien, le judaïsme rabbinique et le judaïsme synagogal[3]. Encore une fois, sans pouvoir reprendre l’ensemble des présentations, soulignons certains éléments importants qui ressortent de ce colloque international. D’abord, soulignons qu’il convient de distinguer classe ou tribu sacerdotale et fonctions sacerdotales dans l’Antiquité, notamment en ce qui concerne le peuple judéen où tous les membres de la tribu ou classe sacerdotale n’assumaient pas nécessairement des fonctions sacerdotales. Dans cette perspective, Simon Claude Mimouni (École Pratique des hautes études) est revenu sur la figure de Jacques le Juste, frère de Jésus, dont plusieurs sources tendent à souligner son appartenance à la classe ou tribu sacerdotale, ce qui aurait pour conséquence que Jésus serait également un membre de cette classe ou tribu sacerdotale. Pour sa part, Paul-Hubert Poirier (Université Laval) a souligné l’actuelle confusion terminologique et conceptuelle en ce qui concerne la distinction entre prêtre/prêtrise et « sacerdote »/sacerdoce par une fine étude du vocabulaire employé par les premiers chrétiens pour désigner leurs ministères. Louis Painchaud (Université Laval) a abordé l’Apocalypse de Jean de Patmos à partir d’un paradigme interprétatif novateur en soulignant que cet écrit, majoritairement considéré comme une polémique contre l’Empire romain, est en fait une polémique interne au judaïsme ancien en ce qui concerne le Temple et le sacerdoce, une polémique sacerdotale qui se laisse également percevoir dans l’Épître aux Hébreux comme l’ont montré certaines contributions. Plusieurs autres contributions ont abordé l’importance que revêtent le vocabulaire et les institutions sacerdotales dans la littérature chrétienne, rabbinique et gnostique. Les actes de ce colloque devraient paraître dans la collection « Patrimoine Judaïsme ».

Finalement, soulignons un important colloque qui aura lieu, du 20 au 22 mai 2015, à l’Université Catholique de Louvain-La-Neuve sur le thème L’antijudaïsme des Pères : mythe et/ou réalité ? Ce colloque – qui réunira certains spécialistes tels que Dan Jaffé (Tel Aviv), Simon Claude Mimouni (École pratique des hautes études, Paris), Guillaume Bady (Sources chrétiennes, Lyon) et Marie-Anne Vanier (Metz) –, survient 50 ans après la promulgation par le Vatican du Nostra Aetate, soit la Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes, notamment sur la relation entre l’Église catholique et la religion juive (voir point 4 de la déclaration). Les organisateurs du colloque ont alors proposé aux différents participants de réfléchir sur les relations entre chrétiens et Judéens à la période patristique, soit entre le IIe siècle et le IVe siècle de notre ère, relations qui ont généralement été considérées comme hostiles par la majorité des spécialistes. Cependant, s’inscrivant dans l’importante remise en question de plusieurs présupposés, souvent plus d’ordre théologique qu’historique, sur l’histoire du judaïsme et du christianisme anciens – notamment sur la question de la diversité des mouvements chrétiens et judéens durant l’Antiquité, celle de la séparation entre l’Église et la Synagogue et plus largement de la violence dans l’Antiquité –, ce colloque reviendra sur l’« antijudaïsme » des Pères de l’Église en se demandant si ce dernier, qui a été interpelé par l’antisémitisme moderne en guise de justification, fut aussi important et aussi violent qu’on l’a jadis prétendu. Une rencontre scientifique à ne pas manquer !

 

Steeve Bélanger

 

[1] D. Rhoads, Bibl. Theo. Bull. 36, p. 121. Sur les travaux de D. Rhoads : http://www.contextgroup.org/PublicationsRhoads.html.

[2] De l’anglais performance.

[3] Voir également l’article « Judaïsme chrétien : un éclairage nouveau » de Y. Larose dans le journal Le Fil.

 

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