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CROIRiez-vous que… La scie circulaire a été inventée par une religieuse!

CROIRiez-vous que

L’article original a paru sur le site Internet du Centre de Ressources et d’Observation de l’Innovation Religieuse.


Le 2 janvier 2017 est décédée Sister Frances Carr, l’une des trois derniers représentants de l’« United Society of Believers in Christ’s Second Appearance », un groupe chrétien original mieux connu sous le nom de « Shakers ». Pour plusieurs spécialistes, cette communauté religieuse a marqué l’histoire américaine de bien des façons. Mais croiriez-vous que plusieurs objets d’utilisation courante ont été inventés par cette communauté afin de rendre grâce à Dieu ?

 

Sister Frances Carr, l’une des trois derniers représentants de l’United Society of Believers in Christ’s Second Appearance, est décédée le 2 février dernier | Photo : Séan Alonzo Harris (Down East)

 

L’origine de cette communauté remonte à 1747, en Angleterre, alors que deux quakers progressistes, James et Jane Wardley, – les quakers étaient déjà des dissidents de l’Église anglicane – se proclamaient eux-mêmes les « Shaking Quakers », à cause des mouvements saccadés qui les animaient dans l’enthousiasme de leur ferveur religieuse. En 1758, Ann Lee se joignit à eux. Cette femme allait bientôt témoigner de révélations et de visions, qui firent qu’elle fut reconnue par les membres de son groupe comme inspirée par Dieu et qu’elle en devint la chef spirituelle. Victime de persécutions religieuses, elle fut emprisonnée en 1772. C’est durant son séjour en prison qu’elle eut la vision d’une société utopique et fraternelle susceptible d’être créée dans le Nouveau Monde. En 1774, Ann Lee traversa l’océan Atlantique avec huit de ses disciples et fonda une colonie à Niskeuna (dans l’État de New York). À l’image du Jésus célibataire, les shakers constituaient des communautés mixtes de frères et sœurs voués au célibat. Le mouvement shaker, qui fut à son apogée aux États-Unis vers 1850, comptait alors près de 6 000 fidèles répartis en dix-neuf communautés.

Véritable innovation religieuse pour l’époque, la théologie shaker proposait une doctrine où Dieu est à la fois Père et Mère. Soixante-quinze ans avant l’émancipation des esclaves et cent-cinquante ans avant que les femmes ne commencent à voter en Amérique, les shakers pratiquaient déjà l’égalité sociale, sexuelle, économique et spirituelle de tous les membres. Pour eux, le Ciel et la Terre étaient deux aspects d’une même réalité. Les shakers vivaient simultanément dans deux mondes : un monde spirituel avec lequel ils étaient en contact grâce à la danse rituelle qui les rapprochait de Dieu et un monde temporel où il fallait incarner la présence de Dieu, réaliser la nouvelle Jérusalem. La forme même de leurs villages symbolisait l’ordre qui devait être celui de l’autre monde. Tout prenait pour eux un sens, les couleurs des bâtiments, leurs formes, de même que leur position dans l’espace. On dit que chaque bâtiment exhalait un parfum de chapelle. Il est significatif que le principal héritage légué par les shakers au monde d’aujourd’hui n’est ni leur croyance, ni leur vision d’une société égalitaire ou d’une vie communautaire d’inspiration divine, mais certains objets et le remarquable mobilier que ces artisans ont créés.

Mother Ann considérait le travail comme un acte de piété : «les mains au travail et le cœur vers Dieu», répétait-elle sans cesse. La finalité de ce travail était d’incarner le Ciel sur une Terre où tout devait être parfait. Il fallait faire son travail comme si l’on avait deux mille ans à vivre, tout en sachant pertinemment qu’on pouvait mourir le lendemain. L’attention portée aux moindres détails témoigne encore aujourd’hui de l’esprit de perfection qui dominait l’existence des shakers. Ils peaufinaient leurs inventions petit à petit, jusqu’à ce qu’elles atteignent un certain état de grâce. Guidés par le principe que la beauté d’un objet réside exclusivement dans son utilité, les shakers bannissaient de leur artisanat tout élément non essentiel à sa fonction. Puisque la poussière ne pouvait entrer au paradis, les tâches ménagères devaient être efficaces. Ce souci de l’efficacité a fait des shakers les champions de l’entrepreneuriat. On leur doit de multiples inventions : la machine à laver industrielle, le semoir automatique, le lait concentré, l’épingle à linge… Sœur Tabitha Babbitt de la communauté shaker d’Harvard avait noté l’inefficacité des godendarts utilisés dans la scierie de sa communauté, et ce serait elle qui, en 1813, aurait eu l’idée d’une grande scie circulaire. Ce serait également à sœur Babbitt que l’on devrait l’invention du dentier. C’est au frère Theodore Bates de la communauté shaker de Watervliet que nous devons en 1798 l’invention du balai plat. Avant lui, tous les balais et brosses étaient ronds.

 

Nous devons l’invention du balais plat au frère shaker Theodore Bates | Photo : Séan Alonzo Harris (Down East)

 

Nous sommes donc en présence d’une communauté qui a su réunir innovation religieuse et innovation technologique. Toutes ces inventions n’avaient qu’un objectif : incarner le Ciel sur la Terre. L’efficacité et la simplicité au service de Dieu. Donc, la prochaine fois que vous maudirez le ménage en passant le balai, rappelez-vous que cet outil a été créé pour rendre grâce à Dieu !

Pour en savoir plus

Andrews, Edward Deming, et Faith Andrews, Work and Worship among the Shakers: Their Craftsmanship and Economic Order, New York, Dover Publications, 1982

Morse, Flo, The Shakers and the World’s People, Hanover, University Press of New England, 1987.

Stein, Stephen J, The Shaker Experience in America: A History of the United Society of Believers, New Haven, Yale University Press, 1992.

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