Quoi de nouveau sous le soleil du judaïsme et du christianisme anciens? Reviewed by Steeve Bélanger on . On pourrait, avec raison, se demander s’il est toujours pertinent de nos jours d’étudier le judaïsme et le christianisme anciens, c’est-à-dire ce qu’on désigne On pourrait, avec raison, se demander s’il est toujours pertinent de nos jours d’étudier le judaïsme et le christianisme anciens, c’est-à-dire ce qu’on désigne Rating: 0
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Quoi de nouveau sous le soleil du judaïsme et du christianisme anciens?

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On pourrait, avec raison, se demander s’il est toujours pertinent de nos jours d’étudier le judaïsme et le christianisme anciens, c’est-à-dire ce qu’on désigne comme les deux premières « religions monothéistes » dont les origines remontent à un passé maintenant très lointain et qui s’avèrent très éloignées de nos préoccupations actuelles. Les spécialistes de ces « religions » antiques n’ont-ils pas tout dit ce qu’il y avait à dire ? Que peut-on ajouter de plus à ce qui a déjà été écrit depuis le XIXe siècle, voire antérieurement, sur ces « religions » ? Ne demeure-t-on pas dans des débats, parfois très hermétiques et peu accessibles, entre spécialistes, notamment entre historiens et théologiens, et entre disciplines, notamment entre histoire et théologie, qui n’apportent rien de plus à ce que nous connaissons déjà de ces deux « monothéismes » ? Est-ce qu’il y a toujours un intérêt de la part du « grand public », plus ou moins néophyte, pour ces « religions » dont l’influence semble, si tel est véritablement le cas, grandement décliner dans nos sociétés modernes ?

Ces questions, et bien d’autres similaires, constitueront la base de la réflexion de ce dossier que nous consacrerons au judaïsme de la période du Second Temple de Jérusalem et aux origines du christianisme ancien afin de vous les faire découvrir, ou redécouvrir, et de montrer que, bien loin d’être stagnante et dépassée, la recherche actuelle est effervescente et continue d’apporter des éclairages nouveaux qui permettent de mieux saisir ces deux réalités religieuses de l’Antiquité dont l’influence a considérablement marqué, et continue toujours de marquer directement ou indirectement, l’évolution de nos civilisations, tant occidentales qu’orientales.

Pour inaugurer ce dossier évolutif et dynamique, nous nous limiterons brièvement, à partir de quelques considérations d’ordre général, à montrer que loin d’avoir perdu de son intérêt, tant de la part des spécialistes que du grand public, le judaïsme et le christianisme anciens continuent de fasciner et de marquer les imaginaires tant individuels que collectifs. Pour preuve, nous y reviendrons plus loin, nous n’avons qu’à penser aux nombreuses revues thématiques, spécialisées ou non, de même qu’aux importantes productions cinématographiques et télévisuelles qui ont été consacrées, ou qui le seront prochainement, à une ou plusieurs dimensions ou personnages de ces « religions » millénaires. Nous tenterons également, au cours des prochaines semaines, de vous tenir informé des nouveautés et des découvertes récentes, et elles sont bien plus nombreuses qu’on tend à le croire, dans le domaine du judaïsme et du christianisme anciens et de vous présenter, de manière vulgarisée, les plus récentes recherches sur ces questions. Dans ce dossier, vous pourrez finalement constater qu’au cours des dernières décennies, et très probablement au cours des prochaines décennies, la recherche sur le judaïsme et le christianisme anciens n’a pas cessé de se renouveler et que nos connaissances de ces deux « religions » se sont progressivement précisées, raffinées et nuancées sans nécessairement se décomplexifier et parvenir à établir de consensus unanimement partagés par les spécialistes.

Le judaïsme et le christianisme anciens : des univers en constants changements

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Reprenons, si vous le permettez, les quelques interrogations que nous avons posées au départ : est-il toujours pertinent, à l’aube du XXIe siècle, d’étudier le judaïsme et le christianisme anciens, deux « religions » plus que millénaire ? N’avons-nous pas tout dit sur ces deux « religions » ? Ne ressassons-nous pas un passé désuet et figé sur lequel tout a déjà été écrit et réécrit à maintes reprises ? Quoi de nouveau sous le soleil pourrions-nous même dire ? Pour répondre sommairement à ces questions, nous y consacrerons fort probablement d’autres lignes ultérieurement, il faut tout d’abord comprendre que l’étude tant du judaïsme que du christianisme ancien a été marquée, et continue de l’être, par les contextes dans lesquelles elle s’est inscrite et par la subjectivité des chercheurs qui ont tenté de les aborder sous des angles divers. En d’autres termes, on n’étudie pas ces « religions » de la même manière au XXIe siècle qu’on le fit au XIXe siècle, voire antérieurement. Les temps ont changé, les contextes et les manières de penser se sont grandement transformés. Par conséquent, la façon dont les chercheurs ont interrogé le passé ne pouvait également que se transformer, car comme l’a si judicieusement écrit Marc Bloch (18861944), un important historien français qui a participé à la fondation des Annales, dans son Apologie pour l’histoire ou le métier d’historien : « les hommes ressemblent plus à leur temps qu’à leurs pères ». Notre manière de comprendre le passé ne se fait qu’à la lumière de nos compréhensions et de nos interrogations présentes, mais s’avère également marquée par l’époque dans laquelle nous vivons. En d’autres termes, notre manière de penser, notre mentalité et nos idéologies influencent la manière dont nous interrogeons et surtout comprenons le passé. Nous ne sommes effectivement que le fruit de notre époque, de notre siècle !

Ainsi, ce qui, pour nous individus du XXe siècle, ne poserait aucun problème, s’avérait totalement inconcevable pour un esprit du XIXe siècle. Pas que nous soyons plus « évolués » que ceux du XIXe siècle – car le sommes-nous vraiment ? –, mais notre regard sur le monde et sur l’histoire s’est considérablement transformé ! À titre d’exemple, outre quelques très rares exceptions, on reconnaît désormais que Jésus fut un « Juif », terme que nous montrerons une autre fois qui s’avère anachronique pour l’époque, ayant vécu au Ier siècle. Cependant, le considérer comme tel aurait été, pour des raisons diverses sur lesquelles il ne convient pas pour le moment de s’étendre, inconcevable, voire inadmissible pour la majorité des penseurs du XIXe siècle. Le titre du récent ouvrage de Daniel Boyarin sur Jésus, Le Christ juif : à la recherche des origines (The Jewish Gospel. The Story of the Jewish Christ) – titre qui n’est pas sans rappeler celui d’une série de quatre ouvrages publiés entre 1991 et 2009 par John Paul Meier, Un certain Juif, Jésus : les données de l’histoire (A Marginal Jew : Rethinking the Historical Jesus) – n’aurait pas manqué, au siècle précédent, de provoquer un véritable scandale. Autre temps, autres mœurs, autre manière de comprendre et d’aborder les réalités historiques !

Il ne faut également pas oublier que la recherche, du moins en Occident, sur le judaïsme et le christianisme ancien ne s’est que progressivement et que très récemment autonomisée de la tutelle de l’Église. Antérieurement, les milieux ecclésiastiques usèrent particulièrement de l’histoire religieuse à des fins glorificatrices, apologétiques et hagiographiques. Majoritairement accomplies par des ecclésiastiques, il fallut attendre le XIXe pour voir les prémices timides d’une histoire religieuse érudite et davantage « laïcisée ». L’émancipation de l’histoire religieuse a cependant été refrénée par le catholicisme, notamment celui d’avant les conciles Vatican I (1869-1870) et Vatican II (1962-1965), qui refusait encore toute critique de sa tradition apologétique enseignée dans les séminaires et transmise par les prêtres dans leur ministère public.

En simplifiant grandement, soulignons que sous les pressions du rationalisme du XIXe siècle, le Concile Vatican I (Constitution dogmatique De fide cath.Dei Filius) s’était opposé aux progrès de la science en affirmant que « foi » et « science » ne pouvaient s’opposer, en d’autres termes que la « science » ne pouvait venir contredire la « foi », position précisée à nouveau de manière plus explicite en ce qui concerne l’usage des sciences historiques dans l’exégèse biblique par l’encyclique du pape Léon XIII (Providentissimus Deus) publié le 18 novembre 1883 et relativisée par la suite dans l’encyclique du pape Pie XII (Divino Afflante Spiritu) publiée le 30 septembre 1943. Ces encycliques conduisirent à la position qui sera finalement adoptée par le Concile Vatican II (Gadium et Spes) où il est affirmé que la « foi » et la « science » appartiennent à deux ordres de savoir distincts qui sont invités à dialoguer l’un avec l’autre.

Ernest Renan - Vie de JésusLa position très sévère adoptée par Léon XIII, et qui demeura principalement celle des courants conservateurs de l’Église catholique jusqu’au Concile Vatican II, avait indéniablement limité, voire empêché la recherche sur les origines du christianisme. Dans le milieu francophone, la publication par Ernest Renan (18231892) d’une Vie de Jésus en 1863 eut un grand retentissement tout en provoquant un véritable scandale, car Renan y affirmait que la biographie de Jésus devait être comprise comme celle de n’importe quel autre homme et que la Bible, notamment les Évangiles, devait être soumise à un véritable examen critique comme n’importe quel autre document historique, ce qui lui valut d’être qualifié de « blasphémateur européen » par le pape Pie IX (1846-1878) qui aurait également déclaré que la Théorie de l’évolution de Darwin était « le doigt du démon ». Quelques années plus tard, ce fut au tour d’Albert Loisy, pourtant membre du clergé, d’en découdre avec les autorités ecclésiastiques et de provoquer le scandale en écrivant dans son ouvrage L’Évangile et l’Église publié en 1902 :« Le Christ a annoncé le Royaume, mais c’est l’Église qui est venue ». Afin de répondre aux nombreuses polémiques soulevées par ses positions, Loisy publia l’année suivante Autour d’un petit livre. Malgré tout, la polémique à son égard demeura vive et cinq de ses ouvrages furent mis à l’index. En 1907, l’intransigeance du pape Pie X conduisit à la publication de l’encyclique Pascendi Dominici Gregis qui condamnait les erreurs du modernisme – nous sommes alors en pleine crise du modernisme –, encyclique auquel Loisy refusa de se soumettre, ce qui lui valut, en 1908, une excommunication vitandus (l’une des plus sévères excommunications existantes interdisant à tout catholique d’entrer en communication et en contact avec la personne excommuniée).

On comprend ainsi facilement pourquoi, avant la tenue du Concile Vatican II, la recherche sur les origines du christianisme, à quelques exceptions près, a principalement été dominée par des historiens, des théologiens et des exégètes protestants issus des facultés de théologie du protestantisme libéral allemand, donc située hors de l’influence et du cadre réprobateur de l’Église catholique, tels que F.C. Baur (1792-1860), W. Bousset (18651920) et, bien évidemment, A. von Harnack (1851-1930) dont les travaux ont eu, et continue toujours d’avoir, une influence considérable. Cet excursus très succinct, qui mériterait bien des nuances et bien des précisions, montre cependant combien la recherche sur le judaïsme et le christianisme anciens a été, et continue d’être orientée et influencée par des considérations idéologiques et historiques qui dépassent bien souvent l’ordre strict de la recherche et que tout chercheur est un être subjectif, c’est-à-dire influencé par son vécu personnel et par son époque, malgré une certaine volonté d’objectivité reposant sur des méthodologies de plus en plus précises, mais constamment remises en question par des réflexions d’ordre épistémologique (c’est-à-dire par des réflexions critiques d’une science sur sa valeur, sa portée, son origine logique et ses méthodes particulières). Aux quelques éléments mentionnés, il faudrait bien évidemment ajouter ceux qui entourent les événements marquants de la Seconde Guerre mondiale et surtout ceux du brutal réveil sur la Modernité (parfois également désigné comme l’Ultramodernité) occasionnés par le traumatisme de l’Holocauste qui ont eu un impact considérable, nous aurons l’occasion d’y revenir également une autre fois, sur la recherche du judaïsme et du christianisme anciens.

Quelques découvertes récentes…

Mais laissons de côté ces quelques considérations qui n’ont pour objet que de montrer que la recherche, et les interrogations sur lesquelles elle repose, se transforme en même temps que le contexte historique dans lequel elle s’inscrit pour se demander si tout n’a pas été déjà écrit sur ces questions et s’il est véritablement possible d’aborder des éléments nouveaux sur le judaïsme et le christianisme anciens. Pour aborder brièvement cet aspect, nous reprendrons les propos de Paul Veyne, historien français spécialiste de l’Antiquité gréco-romaine, publiés dans son importante réflexion sur l’écriture de l’histoire (Comment on écrit l’histoire : suivi de Foucault révolutionne l’histoire) : « la connaissance historique est taillée sur le patron de documents mutilés ». En d’autres termes, si l’historien peut avoir une compréhension globale d’une période historique lui permettant d’en apercevoir le « patron », sa compréhension repose sur les documents qui sont parvenus jusqu’à nous, documents qui sont peu nombreux et partiels, ne permettant pas nécessairement d’avoir un portrait unique, uniforme et univoque des événements passés. D’autant plus, soulignons-le au passage, l’histoire est une science interprétative qui ne repose pas sur une notion de vérité (comme c’est notamment le cas pour les différentes religions) et qu’ainsi elle peut, et elle doit dirions-nous, être constamment remise en question, interprétée et réinterprétée à frais nouveaux. L’histoire n’offre pas de données et de résultats fixes, mais des regards diversifiés à travers des perspectives fluctuantes sur le passé. D’autant plus que la découverte de matériel nouveau, que ce soit des découvertes archéologiques, numismatiques, textuelles ou épigraphiques, apporte un éclairage plus ou moins différent sur les événements du passé. Or, dans le domaine du judaïsme et du christianisme anciens, de telles découvertes, ou plutôt redécouvertes, ont été nombreuses au cours des dernières décennies.

Écrits gnostiques_PléiadePour n’en souligner que quelques-unes, on peut mentionner la découverte, en 1945, des manuscrits de Nag Hammadi, une ville sise au nord-ouest de Louxor, composés de treize codex (soit de livres manuscrits composés de pages reliées ensemble entre couvertures) renfermant une cinquantaine de traités gnostiques en langue copte (une langue qui descend de l’égyptien ancien) qui sont de précieux témoins de la diversité des courants du christianisme des premiers siècles de notre ère et qui n’étaient accessibles qu’à travers les citations des Pères de l’Église surtout acharnés à les combattre. La traduction française de ces textes est désormais accessible dans la Bibliothèque de la Pléiade (nº 538) sous le titre Écrits gnostiques.

Entre 1946/1947, au moment même où la Palestine a été séparée en deux États (un État israélien à l’Ouest et un État palestinien à l’Est), et 1957, de nombreux manuscrits (930) et fragments (30 000) en grec, en araméen et en hébreu rédigés principalement entre le IIIe siècle avant notre ère et le Ier siècle de notre ère, soit à l’époque même de Jésus et de la formation des premières communautés chrétiennes, ont également été découverts dans 11 grottes situées à proximité du site de Qumrân (Kirbeth Qumrân), en Cisjordanie : ce sont les célèbres Manuscrits de la Mer Morte, également nommés Manuscrits de Qumrân, qui ont été qualifiés comme une véritable révolution permettant d’accéder à de très anciens documents bibliques, notamment un manuscrit complet du Livre d’Isaie (en hébreu) datant du IIe siècle avant notre ère (vers 125) alors que le plus ancien témoignage complet que nous avions en notre possession datait du Xe siècle de notre ère (Codex de Leningrad/Codex de Saint-Pétersbourg), et non-bibliques (parfois nommés intertestamentaires et apocryphes ou pseudépigraphes de l’Ancien Testament qui n’ont pas été intégrés dans les canons bibliques, désignations qui demeurent sujettes à caution, mais qui appartiennent néanmoins à la littérature « juive » de cette période). Ces documents, d’une richesse exceptionnelle, non seulement pour l’histoire du judaïsme ancien et de la diversité de ses traditions, mais également pour celle du christianisme du temps de Jésus, ont récemment été rendus accessibles par l’Autorité des antiquités d’Israël (http://www.deadseascrolls.org.il/featured-scrolls). Ces textes ont souvent attribué à la communauté des esséniens, une communauté « juive » mentionnée par Philon d’Alexandrie (Apologie en faveur des Judéens), un philosophe « juif » ayant vécu à Alexandrie entre 20 avant notre ère et 45 de notre ère, par Flavius Josèphe (Antiquités judéennes et Guerres judéennes), un historien « juif » du Ier siècle de notre ère, et possiblement par Pline l’Ancien (Histoire naturelle), un historien romain du Ier siècle de notre ère. Au-delà des nombreux débats et spéculations occasionnés par cette découverte, par la lenteur de leur traduction et surtout sur l’identification de cette communauté « juive » de Qumrân et sa pensée de même que sur sa proximité avec la « pensée chrétienne » en émergence, notamment avec celle de Jésus, il n’en demeure pas moins que ces témoignages sont venus enrichir de manière significative le « patron » de notre connaissance sur le judaïsme ancien antérieur à la destruction du Second Temple de Jérusalem par les Romains en l’an 70 de notre ère.

Plus récemment, entre 1975 et 2008, c’est le corpus des écrits d’Augustin (354-430), l’un des Pères de l’Église qui a le plus influencé la pensée occidentale, qui s’est enrichi de nombreuses découvertes. Ainsi, entre 1975 et 2008, les chercheurs ont (re)découvert de nombreuses lettres (27) et sermons (32) partiellement ou complètement inconnus. C’est d’abord au chercheur viennois Johannes Divjak que l’on doit la première découverte, en 1975 dans des manuscrits de la Bibliothèque de Marseille et de la Bibliothèque nationale de Paris datant respectivement du XIVe et du XIIe siècle, de 27 lettres d’Augustin totalement inconnues qui renfermaient de nombreux renseignements méconnus sur l’activité d’Augustin, notamment ces activités quotidiennes, entre 418 et 428 de notre ère, soit durant les dernières années de sa vie, alors qu’il était évêque d’Hippone, une importante cité d’Afrique du Nord (actuellement Annaba en Algérie). Certaines de ces lettres, traduites en français dans la Bibliothèque augustinienne (Lettres 1*-29*, 1987) ont pour destinataire Jérôme (à qui l’on doit la Vulgate, une traduction latine de la Septante, soit l’Ancien Testament en langue grecque, qui a été adoptée comme version officielle par l’Église catholique lors de la quatrième session du Concile de Trente du 8 avril 1546), Cyrille d’Alexandrie (celui qui convoqua le concile œcuménique d’Éphèse en 431) et le patriarche de Constantinople Atticus. À ces importantes découvertes, se sont ajoutés les 26 sermons inédits d’Augustin découverts par François Dolbeau en 1990 dans un manuscrit du XVe siècle de la Bibliothèque de Mayence en Allemagne et qui sont désormais accessible en édition princeps (donc en latin) dans la Collection des études augustiniennes (Série antiquité, nº 147) sous le titre Vingt-six sermons au peuple d’Afrique. Cette découverte, considérée comme majeure dans le domaine de la recherche augustinienne, s’avère, comme le souligne l’un des plus éminents spécialistes des études augustiniennes, Goulven Madec, être « une puissante incitation à […] se recentrer sur l’activité et l’enseignement ordinaire de l’évêque : la liturgie, la prédication, la concertation pastorale ; autrement dit pour se livrer à une étude fondamentale de cet  » extraordinaire monument de littérature orale  » ». À ces sermons sont venus s’ajouter six autres sermons découverts en 2008 dans un manuscrit de la Bibliothèque Universitaire d’Erfurt datant du XIIe siècle par trois autres chercheurs de l’Académie des sciences de Viennes (Isabella Schiller, Dorothea Weber et Clemens Weidmann) dont quatre sont totalement et deux partiellement inédits. Dans ces sermons, Augustin aborde les liens existants entre les aumônes faites à l’évêque et son devoir d’aider ses ouailles en retour, sur la pratique des beuveries sur les memoriæ des saints lors des fêtes qui leur sont consacrées de même que sur la réalité de la résurrection des morts et sur la foi dans la vérité des prophéties bibliques.

Ces quelques découvertes récentes, qui ne sont que quelques exemples parmi de nombreux autres, et qui ne sont pas les plus controversées, montrent à quel point la recherche sur le judaïsme et le christianisme anciens, loin d’être stagnante, n’a cessé de se renouveler par des apports nouveaux qui constituent autant de « pièces » ajoutées sur au « patron » de l’histoire. Ainsi, à qui demanderait « quoi de nouveau sous le soleil ? », on pourrait répondre « tant de choses qu’il est impossible de toutes les nommer ! »

La mort des religions ou un intérêt constamment renouvelé sur les religions ?

Christian Bale incarnera Moïse dans le plépum Exode : Dieux et Rois de Ridley Scott | Photo : Twentieth Century Fox

Christian Bale incarnera Moïse dans le plépum Exode : Dieux et Rois de Ridley Scott | Photo : Twentieth Century Fox

Terminons cette contribution inaugurale en se demandant si ces questions n’intéressent que les spécialistes ou si un public plus large s’en trouve également intéressé ? Bien que nos sociétés modernes ont proclamé à de nombreuses reprises la mort de Dieu (Nietzsche, Sartre) et la fin des religions et de ses institutions, que les églises se vident et ne demeurent plus peuplées que par une population vieillissante, devons-nous croire qu’il n’y a plus d’intérêt pour le religieux, encore moins pour le judaïsme et le christianisme anciens ? Ce serait faire là une équation inexacte, car pratique et intérêt ne se situent nullement sur le même plan. Ainsi, que les pratiques conventionnelles et institutionnalisées connaissent un certain recul depuis quelques décennies, constat qui ne se limite pas qu’aux religions soit dit en passant, cela ne signifie guère que l’intérêt pour les religions s’est également atténué. Au contraire, ce recul semble avoir contribué à développer auprès d’un large public un intérêt renouvelé, car, les institutions ne répondant plus nécessairement à leur besoin de connaissance, ce public tente de trouver d’autres sources auxquelles s’abreuver, car son intérêt est pour sa part réel. Les expositions des dernières années consacrées aux religions, pensons à celles consacrées aux Manuscrits de la Mer Morte (L’archéologie et la Bible: du roi David aux manuscrits de la mer Morte, Pointe-à-Callière, 2003; Qumrân. Le secret des manuscrits de la mer Morte, Bibliothèque nationale de France, 2010) ou à l’exposition Dieu(x), modes d’emploi (Musée de la civilisation, 2010/2011; Musée canadien de l’histoire, 2011/2012; Le Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, 2013), pour ne mentionner que deux exemples, ont attiré des foules considérables. Les revues thématiques destinées à un large public connaissent également un vaste succès, pensons, entre autres, aux revues Le monde de la Bible (qui existe depuis 25 ans) ou Histoire & Religions (créée en 2005). À cela s’ajoute les nombreux romans qui s’inspirent directement de personnages ou d’événements du judaïsme ou du christianisme anciens, pensons à L’Évangile selon Pilate d’Éric-Émannuel Schmidt ou le succès bien connu entourant la publication du Code Da Vinci de Dan Brown (sans mentionner le film, les ouvrages scientifiques ou pseudo-scientifiques de même que les visites touristiques qui ont tenté de profiter de cette manne des plus médiatisées !). Du point de vue cinématographique, ce ne sont pas les titres de Peplum (genre cinématographique dont l’histoire se situe dans l’Antiquité) qui manquent : Ben-Hur (William Wyler, 1960), Le Roi David (Bruce Beresford, 1985), La Passion du Christ (Mel Gibson, 2004), Le Roi des Rois (Nicholas Ray, 2007), Le Fils de Dieu (Christopher Spence, 2014) pour ne mentionner que quelques exemples connus. Au cours des prochains mois et des prochaines années, plusieurs productions cinématographiques, encore une fois principalement américaines, feront leur sortie : Noé (Darren Aronofsky, avril 2014), Exode : Dieux et Rois (Ridley Scott, décembre 2014), Résurrection (Kevin Reynold, ….?). Ainsi, quoi qu’on en dise, ni l’intérêt, ni le soleil sur le judaïsme et le christianisme anciens ne se sont véritablement estompés et nous tenterons à travers ce dossier de continuer à susciter votre intérêt au cours des prochaines années !

À suivre…

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