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Le pape François et la culture de la rencontre

Le 1er septembre dernier, au stade olympique de Rome, se jouait un tout premier match interreligieux de football pour la paix, une initiative du pape François (grand amateur de foot) et du joueur vedette Argentin Javier Zanetti. Un match réunissant une cinquantaine des plus grandes vedettes du sport autour d’une activité hautement symbolique, comme en témoigne la ritualisation du discours préparatoire ainsi que du match en lui-même.

Les joueurs ont volontairement adhéré à un « manifeste pour la paix », qui fit l’objet d’une lecture en huit langues lors de la cérémonie de clôture. En accueillant les joueurs dans la salle Nevi avant le match, le pape François insista sur le rôle modèle des stars du foot, les entretenant sur l’importance « de donner le bon exemple, que ce soit sur et en dehors du terrain ». Le trophée de l’équipe vainqueur représentait un olivier en argent, symbole de la paix. Les joueurs furent également invités à planter un olivier blanc lors de la rencontre d’avant match. La chanteuse argentine Tini Stoessel eut l’honneur d’interpréter la célèbre chanson Imagine de John Lennon en guise d’introduction au match. Tous les dons amassés lors de l’activité ont été versés à l’œuvre argentine Un’ alternativa di vita pour la cause des jeunes défavorisés. 

Au-delà du charme d’une si belle initiative, qui marque assurément l’esprit d’une touche d’ouverture et de tolérance, il reste cependant une certaine gêne à parler ici d’une « rencontre interreligieuse », titre qui fut abondamment repris par les médias autour du monde. Le simple fait de réunir des gens de diverses confessions religieuses autour d’une activité commune n’en fait pas une rencontre interreligieuse, sinon quelle équipe de foot ne serait pas ipso facto interreligieuse? Le problème est qu’on ne joue pas un sport avec son identité religieuse. En témoignent l’histoire et la culture des Jeux olympiques, symbole de la réconciliation interculturelle à travers le sport. Pour qu’une rencontre soit, à proprement parler, interreligieuse, un critère essentiel doit être observé : elle doit faire appel à la dimension religieuse ou spirituelle des individus impliqués dans le processus. Le titre de « match interreligieux pour la paix » n’est qu’une formule promotionnelle profitant de l’engouement pour une certaine mode interreligieuse, nous prouvant encore une fois les compétences de marketing de l’équipe entourant le pape François.

Mais cette fausse représentation ne discrédite pas pour autant la superbe initiative du pontife, qui veut faire la promotion, à travers ce geste, de ce qu’il nomme « la culture de la rencontre ». Parce que oui, savoir se rencontrer, ça se cultive. Que ce soit sur les plans politiques, culturels, religieux ou simplement humains, la rencontre de l’Autre nécessite du temps, un espace « neutre » et une motivation puissante. Quelle belle opportunité que représente le football! Le pape François est d’avis que les religions sont aujourd’hui appelées à faire la promotion de cette « culture de la rencontre », la promotion du dialogue et de la paix. C’est bien en ce sens qu’il faut interpréter une telle organisation.

Il s’en trouvait pourtant quelques rabat-joie, tel que le joueur Égyptien Abou Treika qui refusa de se joindre au groupe, prétextant la présence d’Israéliens. Son refus « de jouer avec des sionistes » nous prouve encore une fois que cette « culture de la rencontre » est loin d’être partagée de tous, et que les initiatives de ce genre devront être patiemment multipliées.

1er septembre 2014 - Le pape François pose avec un ballon avant un match de football interreligieux pour la paix|Photo : Vincenzo Pinto (AFP)

1er septembre 2014 – Le pape François pose avec un ballon avant un match de football interreligieux pour la paix|Photo : Vincenzo Pinto (AFP)

A propos de l'auteur

Collaboratrice

Frédérique Bonenfant est diplômée en philosophie, avec une spécialisation en philosophie pour enfant. Après plusieurs années en tant que coordonnatrice de projets communautaires, elle fait un retour aux études afin d'approfondir ses connaissances et ses aptitudes en matière d’organisation communautaire d’activités religieuses ou spirituelles. Ses recherches actuelles portent sur la pratique du dialogue interreligieux au niveau local, mais ses intérêts s’étendent à l’événementiel, aux nouvelles spiritualités et nouveaux mouvements religieux. Sa perspective socio-anthropologique la maintient très près du « terrain », là où les nouveaux paysages religieux s’expriment en premier lieu.

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