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Éditorial de Jeffery Aubin

Au Québec, on dit souvent qu’il y a deux choses dont on ne doit pas parler : la politique et la religion. C’est bien entendu pour garder la paix sociale que l’on évite de parler de ces sujets autour d’un bon repas en famille ou entre amis. Mais, comme le disait Aristote, l’homme est un animal politique. Lactance, un auteur chrétien du IVe siècle de notre ère passionné de philosophie, rajoute en ce qui le concerne que la différence entre l’homme et la bête est précisément la religion.

Politique et religion sont dès lors deux choses essentielles à l’homme, voire deux choses qui le définissent. Comme j’étudie la philosophie antique et la pensée chrétienne des premiers siècles, il m’apparaît hautement étrange de vouloir évacuer ces deux sujets de nos vies, car, en effet, c’était là deux sujets très prisés dans l’Antiquité. Ce sont là des raisons qui me poussent à écrire sur ce blogue. Non pas que je vais commenter ici la politique, car je le fais plutôt avec mes amis autour d’une bonne bouteille de vin ; nos lecteurs ont par ailleurs l’embarra du choix puisqu’il existe beaucoup de ressources au Québec pour lire sur la politique. Non, j’écrirai plutôt au sujet du monde des religions, chose rare au Québec.

Si la politique est un système par lequel nous gérons, en tant que citoyen, l’horizontalité (c’est-à-dire comment nous nous organisons entre nous), la religion et la spiritualité sont des systèmes par lesquels nous gérons la verticalité (c’est-à-dire comment nous donnons un sens à l’existence). C’est bien là une façon de définir la religion postromantique, j’en suis conscient, mais il faut parfois arrêter nos choix de manière spécifique.

Quoi qu’il en soit, la Montagne des dieux est le site de choix pour parler des phénomènes religieux et des systèmes de croyances, et c’est exactement ce que je compte faire sur ce blogue. Le Québec a donc évacué toute discussion sur la religion, et je ne dis pas seulement autour d’un bon repas, mais également dans les médias et dans l’espace public. Bien entendu, on en parle lors de crises identitaires comme en 2007 avec la crise sur les accommodements raisonnables ou en 2013 lorsque le gouvernement provincial a proposé une Charte des valeurs. Cette dernière crise nous rappelle que les Québécois n’aiment pas parler de ces sujets dans l’espace public et ils en éprouvent un malaise. Le débat a bien entendu été très animé et on pourrait me dire que c’est la le signe que les Québécois sont prêts à en parler. Mais détrompez-vous, le débat soulignait une fois de plus que la religion n’est pas bienvenue dans l’espace public. Peu importe, il n’en demeure pas moins que la croyance, la spiritualité et la religion sont bien des choses vivantes que les Québécois eux-mêmes professent. Les Québécois n’accordent-ils pas de sens à l’existence ? Permettez-moi d’en douter : cela est impossible. Il faut donc sortir du placard et en parler.

Écrire sur le blogue de la Montagne des dieux est donc pour moi une occasion de parler de religion et de croyances, en plus de dialoguer avec nos lecteurs qui, s’ils nous lisent et nous suivent, sont intéressés par les phénomènes religieux. C’est tout à fait salutaire que de parler de « sens » même si cela nous confronte et nous remet parfois en question.

A propos de l'auteur

Cofondateur

Jeffery Aubin est diplômé en Études anciennes et a obtenu un doctorat en sciences des religions à l’Université Laval. Il est chercheur postdoctoral à l’Université d’Ottawa au Département d’études anciennes et de sciences des religions. Il travaille sur les Pères de l’Église, les textes apocryphes chrétiens et les hérésies. Il s’intéresse aux rapports entre les récits cosmologiques et l’éthique, aux rapports entre les religions et la société et, enfin, à la philosophie de la religion. Passionné par ces questions, il aime également analyser les questions actuelles portant sur ces thèmes.

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