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Compte-rendu de la conférence Spiritualités et sectes contemporaines

Le 15 avril dernier se déroulait à la salle Hydro-Québec de l’Université Laval la troisième et dernière conférence de la saison organisée par la Chaire Publique AÉLIÉS. Le thème se voulait accrocheur : spiritualités et sectes contemporaines. Les meilleurs conférenciers possibles étaient présents : Alain Bouchard, sociologue des religions, Guy-Robert St-Arnaud du Centre d’écoute et d’interprétation des nouvelles religions (CÉINR) et Mike Kropveld d’Info-Secte. Des gens de première ligne au Québec, ceux qui sont sur le terrain pour voir évoluer les tendances dans le domaine. S’est joint à ce joli trio le blogueur Martin Geoffroy, professeur de sociologie au Cégep Édouard-Montpetit.

Martin Geoffroy, Guy-Robert St-Arnaud, Michael Kropveld et Alain Bouchard lors du panel "Spiritualité et sectes contemporaines" | Photo : Chaire Publique de AEliés

Martin Geoffroy, Guy-Robert St-Arnaud, Michael Kropveld et Alain Bouchard lors du panel « Spiritualité et sectes contemporaines » | Photo : Chaire Publique de AEliés

Est-ce la commande des organisateurs qui manquait de précision? Difficile de croire qu’une si belle brochette de spécialistes puisse nous offrir un produit si décevant. Peut-être est-ce le sujet beaucoup trop vaste, ou une mauvaise concertation qui s’est traduite par l’éclatement des parcours dans tous les sens.

D’abord le choix du titre de la conférence : Alain Bouchard débuta la rencontre en renonçant d’entrée de jeu aux termes employés, « sectes » et « spiritualités », des concepts non utilisables en sciences humaines, le premier étant une condamnation sans équivoque d’une religiosité et le second une euphémisation du religieux. Or, commencer une table ronde en invalidant ses prémisses n’est généralement pas de bon augure.

Même en précisant l’emploi de nouveaux termes acceptés d’emblée (modalités du croire, champ religieux, mouvements religieux, innovations religieuses, etc.) les panélistes ont peiné à s’accorder sur un sujet commun. Le sociologue Alain Bouchard s’est contenté de dresser un portrait touffu des religiosités contemporaines, Mike Kropveld a parlé des services de l’organisme Info-secte, Guy-Robert St-Arnaud nous a expliqué les concepts ayant soutenu la genèse et le développement du CÉINR. Quant à Martin Geoffroy, il nous a brossé un portrait de l’intégrisme et du fondamentalisme qui a fait grincer la corde épistémologique de plusieurs.

Cette salade-express de religiosités contemporaines laisse malheureusement l’auditeur en plan, peinant à trouver un fil conducteur dans toutes ces réflexions qui méritent chacune d’elles une conférence entière.

Si l’on porte attention cependant, le portrait brossé rapidement par Alain Bouchard permettait une vision d’ensemble du large spectre des religiosités contemporaines animées par une nouvelle logique de marché des biens symboliques et d’identifier quelques caractéristiques des deux extrémités de ce spectre : les spiritualités flottantes qui sont axées sur la construction de soi, puis à l’autre bout les nouveaux mouvements religieux qui cristallisent les structures du croire. Ce croire qui, si l’on se fie à M. St-Arnaud, peine à trouver un espace pour s’exprimer librement dans nos sociétés laïcisées, une lacune à laquelle le CÉINR tente de remédier par ses approches lacaniennes de « l’écoute du croire ». L’intervention de Kropvelt pouvait également avoir son charme pour le grand public qui ignore les rouages de l’organisme Info-secte, mais ne nous laissait que quelques miettes éparses du milieu dans lequel il opérait. Cet organisme reconnu mondialement offre un service de première ligne en ce qui concerne les dérives sectaires, le soutien aux victimes et l’accès à l’information sur les nouveaux groupes religieux québécois. On se serait attendu de la part d’un tel acteur engagé d’avoir un peu plus d’information concernant le paysage actuel en matière d’innovation religieuse.

En ce qui concerne les interventions du sociologue Martin Geoffroy, elles nous ont semblé à la limite de l’information digeste, généralisant à outrance sur les phénomènes (très complexes) de l’intégrisme et du fondamentalisme. On le remerciera cependant d’avoir tenté de déplacer ce sujet délicat de la sphère islamique vers les dérives chrétiennes qui se déroulent dans notre propre cour, un beau geste que malheureusement l’auditoire n’a pas pu s’empêcher de détourner pour revenir vers les questions du recrutement des djihadistes. Le parallèle entre les méthodes de recrutement des islamistes et des nouveaux mouvements religieux vaut effectivement la peine d’être exploré plus en profondeur, mais par des spécialistes de la question, de grâce. À ceux (nombreux, j’en suis certaine) qui se demandent encore le lien entre fondamentalisme, intégrisme et le sujet de la conférence, rappelons que M. Geoffroy s’intéresse en fait aux extrémismes religieux, des attitudes qu’il n’est pas si rare de voir apparaître sous la forme de nouveaux mouvements religieux si l’on pense au fait que les « autorités régulatrices » des grandes religions condamnent généralement les positions extrêmes en leur sein. Mais de là à supposer une adéquation entre des configurations du religieux (NMR, réseaux spirituels, spiritualités flottantes) et des attitudes, positions philosophiques et théologiques, c’est un saut périlleux.

Une conférence, donc, qui laisse l’impression d’avoir éclaté en tous les sens sans rien développer concrètement sur le sujet. Loin de douter de la qualité des panélistes, c’est probablement aux organisateurs qu’il faudrait adresser nos critiques, pour avoir saboté un sujet si prometteur par un encadrement trop diffus des conférenciers. Pour un public néophyte, il suffisait d’alimenter le portrait des religiosités contemporaines qu’avait initié Alain Bouchard. Le sujet est si maltraité par les médias qu’il est du devoir de ces spécialistes de prendre la parole en public. Mais au vu des invités, c’est l’approche des nouvelles religiosités qu’il aurait valu la peine d’explorer. Dans cette visée, l’intervention de Geoffroy en tant que journaliste et blogueur aurait été essentielle. M. St-Armand nous a fait part de l’approche psychanalytique du croire, il aurait été plus qu’intéressant de la comparer aux approches d’Info-secte et du Centre de Ressources et d’Information de l’Innovation Religieuse (CROIR) dont fait partie Alain Bouchard, ou même l’approche sociologique qu’il emploie dans ses recherches. L’exercice de projection dans le futur aurait été un bon sujet également; chacun ayant un angle de vue bien précis sur le sujet, les trajectoires sont d’autant plus intéressantes à superposer. Les données de l’enquête d’Alain Bouchard sur l’indifférence des jeunes québécois envers la religion ont d’ailleurs surpris ses collègues et semblent avoir suscité un questionnement fort intéressant sur l’avenir des innovations religieuses au Québec. Des questions qui, faute de temps, furent probablement réservées pour les discussions privées des panélistes suite à la rencontre.

Cela dit, soyons honnêtes, est-ce qu’une conférence grand public aurait trouvé auditoire sans cet horizon si vaste et ce titre accrocheur? Les quelques personnes ayant quitté subitement après la première intervention laissent croire que le sujet des innovations religieuses, lorsqu’il est dépouillé de son aura de mystère et d’horreur, n’intéresse en fait que bien peu de gens.

La conférence sera diffusée prochainement sur la chaîne Youtube de l’AÉLIÉS.

Un compte-rendu de Frédérique Bonenfant

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A propos de l'auteur

Collaboratrice

Frédérique Bonenfant est diplômée en philosophie, avec une spécialisation en philosophie pour enfant. Après plusieurs années en tant que coordonnatrice de projets communautaires, elle fait un retour aux études afin d’approfondir ses connaissances et ses aptitudes en matière d’organisation communautaire d’activités religieuses ou spirituelles. Ses recherches actuelles portent sur la pratique du dialogue interreligieux au niveau local, mais ses intérêts s’étendent à l’événementiel, aux nouvelles spiritualités et nouveaux mouvements religieux. Sa perspective socio-anthropologique la maintient très près du « terrain », là où les nouveaux paysages religieux s’expriment en premier lieu.

Nombre d'entrées : 30

Commentaires (4)

  • Marc Lacasse

    Loin de moi de vouloir dénigrer les chargés de cours, mais il y a toute une différence avec un professeur titulaire qui fait de la vraie recherche, qui dirige des étudiants gradués et qui écrit ensuite sur le sujet (articles, livres et chapitres de livre). La bibliographie de Alain Bouchard est trop mince pour faire de lui un expert.

    Quand Alain Bouchard se présente pour parler de la scientologie dans les médias, le lecteur/auditeur/téléspectateur s’imagine qu’il est un vrai expert et qu’il s’exprime sur le sujet en toute indépendance. C’est faux, comme on peut le voir sur la vidéo de son discours au magasin de scientologie. Curieusement, les sectes démontrent le même manque de transparence.

    La vérité et la rigueur semblent être des choses toutes relatives pour Alain Bouchard. J’irais même jusqu’à dire que son métier se résume à donner de la crédibilité et de l’importance à des charlatans et des escrocs. Pas besoin d’un doctorat pour relayer bêtement leur propagande.

    Stephen Kent, poliment, parle de manque de curiosité intellectuelle et je suis tout à fait d’accord avec lui.

    http://tonyortega.org/2016/12/26/why-would-an-academic-speak-up-for-scientology-dr-steven-kent-has-an-answer/

    Pour ce qui est de la rencontre avec les adeptes de ce qui appelez «nouveaux mouvements religieux» (sic), encore faut-il qu’ils soient de bonne foi et qu’ils aient la permission de leur secte pour s’exprimer librement. J’en ai fait l’expérience, plus d’une fois:

    https://youtu.be/txt4iGzI2DE

    Bien à vous

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  • Marc Lacasse

    Alain Bouchard, un spécialiste de sciences molles, ami des sectes en général et de la scientologie en particulier:

    https://youtu.be/I8QJ0fGeO9g

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    • Monsdeorum

      Bonjour M. Lacasse,

      Rien de mieux pour comprendre avec justesse les nouveaux mouvements religieux que de rencontrer leurs adeptes et de leur parler. Cela permet de mieux comprendre l’être humain dans son ensemble. Nous pouvons que vous le conseillez. C’est d’aileurs grosso modo ce que M. Bouchard dit lui-même au début de son discours qui, rappelons-le, parle de son expérience personnelle et professionnelle. Parler à un scientologue, à un chrétien ou à un musulman ne fait pas de vous l’un d’eux. Si vous parlez à un conservateur, à un libéral ou un bloquiste, vous ne serez pas transformé en l’un d’entre eux instantanément. Si oui, il serait intéressant de faire l’anamnèse de vos fréquentations pour comprendre comment vous en êtes venus à avoir un tel discours. On ne parle pas de nouilles ramens qui se transforment en soupe en y ajoutant seulement de l’eau.

      Enfin, que pensez-vous de cette phrase d’Alain Bouchard : « La rencontre de l’autre […] est un miroir. Elle nous renvoie à qui nous sommes. » Il semble y avoir là matière à réflexion.

      Merci de nous lire,

      – La rédaction

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  • Martin Geoffroy

    Madame,

    Dire que je généralise à outrance dans une conférence grand public de 15 minutes, c’est une critique facile et indigeste. Faites vos devoirs, je ne suis pas un journaliste, je suis un sociologue des religions spécialiste des intégrismes religieux et des sectes depuis plus de 20 ans. Mes publications sur le sujet sont abondantes. Lisez mes publications scientifiques ou ma thèse de doctorat si vous voulez des détails, ne venez pas à des conférences pour le grand public.

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